Romans courts et textes d'Arthur Ténor proposés à la lecture...

31 juillet 2017

H... comme Harcèlement

Ce roman en 33 000 signes s'adresse aux lecteurs de classes primaires, CE2 et CM1. Il a pour thème le harcèlement scolaire en école primaire. Il peut donc servir de support pédagogique pour les enseignants.

 

Être un chevalier, c'est quoi ?

 

Au Moyen Âge, chevalier est bien plus

qu'un simple titre de noblesse.

 

Le chevalier est un combattant.

Pas un agresseur ni un criminel. Bien au contraire !

Il est un défenseur et un protecteur.

 

Le chevalier défend une cause :

ce qui est juste contre l'injustice,

ce qui est vrai contre le mensonge,

ce qui est sage contre la haine...

Et le chevalier protège :

le faible contre le fort,

le gentil contre le méchant,

la victime contre le bourreau…

 

Et surtout pas n'importe comment !

 

Chacun de ses actes et chacune de ses paroles respectent un code de bonne conduite. Celui-ci tient en trois mots : loyauté, courage, honneur.

 

La loyauté, c'est respecter ses promesses et ses engagements.

Le courage, c'est surmonter ses peurs pour défendre ses valeurs.

L'honneur, c'est ne rien faire ni dire que l'on puisse lui reprocher.

 

Et être un écolier-chevalier, c'est quoi ?

La même chose, version moderne.

 

1

Hugo l'Africain

 

            Le jour de la rentrée des classes, pour certains c'est youpi ! Pour d'autres, c'est plutôt bof ! Et parfois quelques-uns poussent de grands ouinnn !, parce qu'ils étaient trop bien en vacances, sans leçons ni devoirs à faire. En somme, à chacun sa façon de retrouver les bancs de l'école. Pour Hugo, cette rentrée en CE2 à l'école de Beau Soleil, c'est trois fois youpi ! Il attendait cela depuis… au moins deux mois. En fait, il trépigne depuis le premier jour des grandes vacances.

            Il faut dire que ce garçon décontracté, souriant, aimable, a toujours aimé l'école. L'année dernière, la sienne était en Afrique, dans un pays appelé le Sénégal et précisément la petite ville de Thiès proche de la réserve de Bandia. Lui-même n'est pas africain, mais un petit Européen. Son père est médecin et sa mère… aussi ! Ils travaillaient dans un dispensaire de la Croix Rouge. Malheureusement, une maladie tropicale contractée par le papa a contraint la famille à regagner en France. C'est pourquoi Hugo fait sa rentrée à l'école de Beau Soleil.

            Dans sa tête, ce petit nouveau venu de loin ne voit pas comment ça pourrait être moins chouette ici que dans son école du Sénégal.

 

            Hugo fait donc aujourd'hui la connaissance de sa nouvelle maîtresse.  C'est une petite dame toute ronde avec des cheveux courts, bruns, et des yeux rieurs, bleus comme la mer.

            Elle est joyeuse. Elle a l'air d'aimer son métier, et les enfants… et les stylos-plume aussi ! Elle en a une pleine trousse, de toutes les couleurs. Hugo n'a jamais vu cela, et comme c'est un enfant très spontané, il lance tout fort dans la classe :

            – Oh, maîtresse, c'est à vous tous ces beaux stylos ?

            Plusieurs élèves éclatent de rire. Hugo se retourne, intrigué. Qu'a-t-il demandé de si drôle ? Mystère.

            C'est peut-être parce qu'il zozote un peu. Mais ce n'est pas de sa faute, et puis ça n'a jamais fait rire personne à Thiès. Non, ça doit être autre chose…

            – Oui. J'ai toujours adoré les stylos-plumes, répond Mme Larchet. J'en fais même la collection.

            Elle semble contente que quelqu'un l'ait remarqué.

            – Je n'en ai jamais vu autant, et pas des aussi jolis.

            À nouveau, ces ricanements derrière lui. Mais cette fois le garçon préfère les ignorer.

            – Merci Hugo. Bon, je vais vous distribuer une feuille que vous remettrez à vos parents, c'est pour la cantine.

            Ainsi débute la première journée en classe de CE2.

            À la récréation, Hugo est comme au Sénégal, un des premiers à foncer vers la sortie, puis à courir en tous sens dans la cour, en poussant de véritables cris de troll. Dans son ancienne école, on l'appelait le singe hurleur. Dans celle-ci, on lui trouvera sûrement un autre surnom. S'il avait à choisir, il suggèrerait sûrement un nom de super-héros. C'est alors qu'il est abordé par un groupe de trois garçons.

            – C'est toi qui viens d'Afrique ? l'interroge le plus grand, un blond un peu crâneur, appuyé d'un coude sur l'épaule d'un petit brun aux yeux très sombres.

            – C'est pour ça que t'as une drôle de tête, enchaîne ce dernier.

            Et voici que les trois petits malins se plient en deux de rire. On pourrait croire qu'ils se moquent d'Hugo, mais celui-ci y voit plutôt quelque chose de très normal. Car dans son ancienne école, les élèves rigolaient tout le temps. Hugo ne s'inquiète donc pas. Il demande néanmoins :

            – Et qu'est-ce qu'elle a de drôle, ma tête ?

            – Oh rien, fait le blond en se détournant.

            Et les trois copains plantent là le nouveau pour aller jouer avec d'autres enfants. Hugo prend une profonde inspiration. Ils ont l'air sympa ces nouveaux camarades de classe, mais enfin… quand même, ils lui font une impression un peu bizarre, comme si la petite voix de la prudence lui murmurait à l'oreille de s'en méfier.

 

2

Lapin crétin

 

            Au cours de cette première journée, Hugo constate plusieurs autres bizarreries dans le comportement de ses camarades. Il n'a trouvé personne pour jouer avec lui. Bon, il est vrai qu'il est le seul nouveau de la classe, presque un extraterrestre débarqué d'une lointaine contrée exotique. Et puis aussi, comme les garçons se connaissent déjà bien, ils sont restés entre eux. Mais toutes ces bonnes raisons n'expliquent pas pourquoi quand il tente d'établir le contact, ils se mettent aussitôt à rire bêtement. L'un d'eux l'a même montré du doigt en marmonnant dans sa main quelque chose où il était question de « lapin ». Hugo n'a pas très bien compris, mais ça n'avait pas l'air gentil.

            Plus tard, de retour dans la cour de l'école après la cantine, il tente de faire connaissance avec une fille, dont il a remarqué la coiffure :

            – Ce qu'elles sont chouettes, tes couettes ! dit-il avec un grand sourire.

            Mais au lieu d'apprécier le compliment, elle réplique méchamment :

            – Et toi, tes dents elles sont comment ?

            Bon, c'est vrai qu'elles avancent un peu, un peu beaucoup même, et qu'il a le palais creux, ce qui le fait légèrement glisser sur les Ssss quand il parle. En tout cas, il ne voit vraiment pas le rapport avec des chouettes couettes. Et ainsi passe le premier jour.

            À la fin de la première semaine, Hugo ne s'est toujours pas fait un seul vrai copain. Pour un peu, il croirait qu'il a une maladie étrange, et dangereuse ! parce que contagieuse. C'est seulement le lundi suivant, qu'enfin il reçoit la réponse à ce grand mystère : « Pourquoi est-ce qu'on a toujours l'air de se fiche de ma figure ? »

 

            C'est Jérémy, le costaud blond, chef de bande méchamment crâneur, qui dévoilera le pot aux roses. Hugo s'approche d'une dizaine de garçons qui s'est rassemblée au fond du préau. Il semblerait qu'on procède à de furieux échanges d'images.

            – Moi, j'ai le Vélociraptor laineux ! Qui veut ? lance l'un d'eux.

            – Arrête, tout le monde l'a c'uilà ! Moi, j'ai le T Rex boutonneux et c'est super rare.

            – J'achète ! Contre un tricératops vert !

            Hugo trouve ça super, d'autant que cela lui rappelle l'agitation joyeuse du marché central à Thiès.

            – Je peux jouer, moi aussi ! intervient-il.

            Il s'attire de drôles de regards, certains mauvais. Et soudain, Jérémy lance :

            – Nous on ne fait pas affaire avec les lapins crétins ! Va-t'en !

            Et de provoquer un fou rire généralisé.

            – Lapin crétin ! c'est trop drôle ! se bidonne un grand de CM2.

            – Arrêtez, je fais pipi dans ma culotte ! hurle un autre.

            Hugo sent son cœur se compresser violemment, et une irrépressible envie de pleurer le submerge. Mais il tient le coup, jusqu'à ce que le copain le plus méchant de la bande des trois, Jason, le petit teigneux brun, le repousse violemment en criant :

            – Fiche le camp ! On veut pas de lapin crétin dans notre bande.

            Hugo s'éloigne en se demandant pourquoi on le traite ainsi de lapin crétin. La réponse lui sera donnée par une fille de la classe qu'il s'en va interroger. Elle s'appelle Julie. Il l'a choisie parce que tout le monde dit que c'est la meilleure élève de la classe et qu'elle répond toujours juste aux questions de Mme Larchet. Mais voici comment elle le reçoit :

            – Tu te fiches de moi ? Tu ne connais pas les lapins crétins ?

            – Ben… non.

            Elle pouffe, puis lui recommande :

            – Alors, regarde toi dans une glace et tu en verras sûrement un.

            Impossible d'en tirer davantage.

            Bientôt, le nouveau surnom d'Hugo circule à travers toute la cour. « Hugo est un lapin crétin. » « Oh ! Regardez, là-bas, y'a un lapin crétin ! » Ça crée une belle ambiance dans la petite école. Il n'y a guère que Valentin pour ne pas trouver ça « à mourir de rire ». C'est un des garçons de sa classe. Plutôt discret, et assez solitaire.

            Hugo se rapproche de lui pour l'interroger :

            – Qu'est-ce qui leur prend ? C'est quoi un lapin crétin ?

            – Cherche pas. C'est eux les crétins. Moi, l'an dernier, on m'appelait le bigorneau, parce que je m'appelle Bigorne. Tu n'as qu'à pas leur répondre.

            Hugo acquiesce, puis soupire. Finalement, il pourrait bien regretter son école au Sénégal.

 

            Un jeudi après-midi, alors que chacun déplie son goûter à la récréation, la bande à Jérémy le cerne.

            – T'as quoi à manger ?

            – Des chocos et une pomme, répond Hugo en montrant cette dernière.

            Le blond la lui arrache des mains, puis la lance à Jason qui la réceptionne comme au rugby, et lui-même la passe au troisième acolyte de la bande, David.

            – Eh, quèssque vous faites ! s'écrie Hugo.

            Quand il est ému ou en colère, son zozotement devient beaucoup plus prononcé. Ce qui suscite la moquerie des filles qui assistent à la scène. Et voici que les voleurs s'enfuient en courant avec la pomme de leur victime.

            Hugo va voir son seul ami, s'il en est un :

            – Valentin, ils m'ont pris ma pomme !

            – Je m'en occupe.

            Il ne faudra pas longtemps au valeureux chevalier pour ramener l'objet du délit à son propriétaire, sans avoir besoin de se bagarrer, même pas de négocier. Par contre, il a dû la ramasser sur le goudron, car les voleurs avaient commencé à jouer au foot avec.

            – Merci, dit Hugo en considérant l'état déplorable de son goûter. T'es gentil, toi au moins.

            – De rien. Je sais ce que ça fait.

            Tout semble donc être rentré dans l'ordre. Sauf que dans le rang, avant de rentrer en classe, Jérémie glisse à l'oreille d'Hugo :

            – Prépare-toi, le lapin crétin, ça va être ta fête.

             Et avec ses acolytes de chuchoter dans son dos tout en lui donnant des petits coups de pied : Lapin crétin ! Lapin crétin !  Lapin crétin !

 

3

Les coups maintenant

 

            C'est bizarre, ce matin Hugo n'a pas envie d'aller à l'école. Et quand sa maman lui donne son goûter, dans la cuisine au moment du petit-déjeuner, il refuse la pomme.

            – Mais voyons mon chéri, c'est ce qu'il y a de meilleur à la santé, argumente-t-elle.

            – Peut-être, mais j'en veux pas !

            Et de penser : je n'ai pas envie que les autres jouent au foot avec.

            – Tu n'aurais pas une banane ? demande-t-il.

            Mauvaise idée ! On risque aussi de la lui chiper. Il aurait bien demandé une carotte, mais il n'est pas idiot à ce point. Tant pis, il ira avec la pomme que sa maman lui glisse quand même dans son cartable.

            À l'école, l'ambiance est mise dès qu'il franchit la grille.

            – Salut, le lapin crétin ! lui lance Jérémy.

            Et ça y est, c'est reparti ! Les moqueries se seraient sûrement mal terminées sans l'intervention de Valentin qui promet de dénoncer Jérémy et sa bande à la maîtresse, s'ils continuent. Ce nouvel incident permet à Hugo d'être désormais sûr de deux choses :

            1) il a un vrai copain qui est prêt à le défendre,

            2) il a au moins dix ennemis dans la classe, six garçons et quatre filles, alors qu'il ne leur a rien fait.

 

            Un peu plus tard dans la journée, alors que la classe se rend à la piscine, la bande à Jérémy se montre très en forme.

            – On va te faire boire la tasse, lapin crétin, lui promet Jason.

            – On va te mettre tout nu devant les filles, annonce Jérémy.

            Et le troisième, pour ne pas être en reste, annonce :

            – Quand on sera dans le grand bassin, moi, je te tirerai par les pieds jusqu'à ce que tu touches le fond.

            Si bien qu'Hugo commence à prendre peur. On veut le noyer. On veut le mettre tout nu. Quoi encore ? Sa mort ? Non, vraiment, son école au Sénégal lui manque de plus en plus. Là bas, jamais on l'a menacé de telles horreurs ! Il faut qu'il fasse quelque chose… Il réfléchit. La maîtresse ! Il faut qu'il lui raconte ce qu'il se passe. Comme elle ouvre la marche, il doit dépasser les autres pour la rejoindre, et pour cela descendre du trottoir… et courir sur la chaussée. Une voiture klaxonne furieusement ! Il tressaille, se fige au bord du trottoir. La maîtresse se retourne d'un bond et pousse un cri. Elle se précipite en hurlant :

            – Mais enfin Hugo, tu te rends compte ! Tu as failli te faire écraser ! Qu'est-ce que tu fichais au milieu de la rue ?

            – Beuh… heu… Je n'étais pas au milieu. Je voulais juste…

            Hugo s'interrompt, car il vient de croiser le regard noir de Jérémy ! Et de le voir lui montrer son poing, comme s'il le menaçait.

            – Tu voulais quoi, hein ?

            – Rien. Pardon, maîtresse.

            Mme Larchet se calme, mais le gratifie néanmoins d'une belle punition : il sera privé de bassin. Alors là, quel dommage ! Du coup, Hugo retrouve le sourire.

 

            Hugo pense donc avoir échappé à la noyade et à la mise à nu devant les filles. Mais la journée n'est pas terminée. Car maintenant, c'est même en classe qu'on l'embête. À la table derrière lui, il y a Florian, un garçon un peu bête mais pas méchant. Le problème, c'est qu'il fait tout ce que les idiots de la classe lui demandent de faire. En l'occurrence, poussé par Jason qui est son voisin de gauche, il a entrepris de piquer les fesses de Hugo avec un crayon bien pointu. Le premier coup, la victime l'encaisse en sursautant. Mais le second la fait crier. La maîtresse qui était en train d'écrire au tableau – évidemment, sinon ce serait moins drôle – fait volte-face comme si c'était elle-même qu'on avait piqué au derrière.

            – Hugo ! Et alors, qu'est-ce qui se passe ?

            – Css'èst Florian, maîtresssse, il m'a planté son crayon dans la fèsssse !

            Grrr ! Maudite émotion qui le fait zozoter !

            – C'est même pas vrai ! proteste énergiquement l'accusé.

            – Mais si, je le jure !

            – Écoutez-moi bien les garçons, je ne veux pas savoir qui ment et qui embête l'autre, mais je vous préviens que si ça recommence, vous serez punis tous les deux.

            – Pourquoi tous les deux ? demande naïvement Hugo.

            La maîtresse le fusille du regard. L'incident est clos, mieux vaux ne pas insister. Hugo songe alors que s'il veut éviter les foudres de Mme Larchet, il doit serrer les dents et surtout… se taire !

            À la récréation, il a droit à la fête promise au lapin crétin. Le voici cerné par Jérémie et sa bande que vient de rejoindre Florian.

            – Vas-y, tape-le. C'est qu'un sale cafteur !

            Florian hésite.

            – Allez quoi ! Fais-le, l'incite Jason.

            Et comme Florian est aussi bête que lâche, il donne une tape sur la poitrine d'Hugo, pas bien forte, mais une tape quand même. Hugo a si peur qu'il n'a plus qu'une envie, c'est de s'enfuir en pleurant. Mais il est acculé contre le mur du préau, telle une petite antilope cernée par de jeunes lions. Les insultes pleuvent, ce qui finit par le faire sortir de ses gonds. À deux mains, il pousse violemment Florian resté devant lui et qui imitait avec sa bouche un lapin rongeant une carotte. Surpris, le moqueur tombe sur les fesses. Il est bien vite remis sur pied et se venge d'un coup de basket bien ajusté dans le tibia de son adversaire. C'est alors qu'intervient Valentin.

            – Fichez-lui la paix ! crie-t-il en écartant les “ courageux ” agresseurs.

            – On t'a pas sonné, réplique Jérémie.

            Valentin est bousculé. Hugo reçoit un autre coup de pied. Valentin tente de repousser l'adversaire de l'épaule, comme au rugby. Et soudain, n'en pouvant plus Hugo s'enfuit. Valentin déguerpit avec lui. Ils sont aussitôt pris en chasse à travers toute la cour par une dizaine de tortionnaires en furie.

            La maîtresse qui observe cela de loin, interrompt sa conversation avec ses collègues. Malheureusement, elle doit penser que c'est juste une galopade d'enfants joueurs puisqu'elle ne réagit pas. C'est alors qu'une de ses élèves, la petite Clémentine, qui n'est jamais la dernière à se moquer d'Hugo, vient lui rapporter l'incident :

            – Maîtresse, Hugo, il a poussé Florian et il l'a fait tomber.

            – Ah oui ? Va me chercher Hugo.

            Trop heureuse de sa bonne action, la petite va se mêler à la course-poursuite. Quand enfin l'accusé se présente devant Mme Larchet, celle-ci lui demande :

            – C'est vrai que tu as fait tomber Florian ?

            Hugo baisse le nez. Il est rouge comme une écrevisse, essoufflé et à deux doigts de fondre en larmes. Jamais de sa vie il ne s'est senti aussi malheureux. Peut-être parce que jamais on ne s'est acharné à lui pourrir ainsi la vie. Et comme il n'a jamais non plus menti de sa vie, il acquiesce :

            – Oui, maîtresse.

            Mais Mme Larchet doit commencer à se douter de quelque chose, car elle enchaîne :

            – Dis-moi, Hugo, est-ce que tes camarades te font des misères ?

            Hugo est tétanisé de peur. S'il avoue ce qu'il vit au quotidien, il est grillé pour le reste de l'année. Ça va être terrible ! Ça va être l'enfer ! Alors il décide de commettre ce qu'il n'a jamais commis, un mensonge :

            – Non. Tout va bien. Ils sont gentils et on s'amuse bien ensemble.

            – C'est bien vrai, Hugo ? Personne ne se moque de toi ?

            – Non, non.

            Il n'est pas certain que la maîtresse le croie, pourtant elle n'a pas d'autre choix que de le laisser partir. Malgré tout, elle ne le quitte pas des yeux jusqu'à ce qu'il rejoigne Valentin, son seul véritable ami.

 

 

4

Que faire quand on est un chevalier?

 

            Plus les jours passent, plus la vie d'Hugo à l'école est pénible. Il n'a désormais plus de prénom, mais un sobriquet qu'il ne peut plus supporter : le lapin crétin. C'est devenu encore plus insupportable depuis qu'il sait d'où cela vient, à savoir de ces bestioles de dessin animé complètement agitées du bocal, mais qui font hurler de rire tous les enfants de France. Au Sénégal, il n'en avait jamais entendu parler, sans doute parce qu'à la maison, il n'y avait pas de télévision.

            Il ne peut plus faire un pas dans un couloir ou dans la cour, et encore moins à la piscine, sans qu'on se fiche de ses dents de rongeur, de son petit défaut de prononciation et même – d'ailleurs c'est nouveau – de ses oreilles pourtant tout à fait normales.

            – Qu'est-ce que je leur ai fait ? se plaint-il ce matin-là à son ami Valentin. C'est de ma faute, à moi, si je suis comme je suis ? En quoi ça les dérange ?

            Sa voix est enrouée par le chagrin. Valentin tente de le consoler :

            – T'inquiète pas, ils finiront bien par se lasser.

            – Et si au contraire ils continuent. Jérémie m'a volé ma trousse hier, et il est allé la jeter dans les toilettes des filles.

            – Tu ne l'as pas dit à la maîtresse ?

            – Pour quoi faire ? Ça changera quelque chose ?

            Valentin en est si peu convaincu lui-même qu'il préfère ne rien répondre. Et cela l'ennuie. Cela le perturbe même beaucoup, car cela ne colle pas du tout avec ce qu'il adore imaginer être : un chevalier ! C'est son papy qui lui a mis un jour cette idée dans la tête, en lui offrant pour son anniversaire un livre sur la chevalerie au Moyen Âge.

            « Tu vois, Valentin, lui avait-il déclaré tout en feuilletant ensemble le beau livre, si j'avais ton âge, je choisirais de devenir chevalier. » Et d'expliquer qu'il irait sauver les petites princesses en haut des donjons, ou plutôt des escaliers de l'école, et qu'il ne ferait jamais rien dont il ne puisse être fier.

            – Quoi par exemple ? avait demandé Valentin.

            – Ne jamais se montrer injuste, envers personne, même son pire ennemi. Ne pas frapper quelqu'un parce qu'il nous a dit quelque chose de blessant… aider celui qui est brimé par les autres. »

            Aider celui qui est brimé… Brimé, ça veut dire faire du mal à quelqu'un, un nouvel élève par exemple, l'humilier, le maltraiter, sans raison particulière ou parce qu'il à un « truc » qui le rend différent des autres. C'est exactement ce que subit Hugo. Mince ! Et lui qui ne trouve rien de mieux à faire pour l'aider, que de lui répéter : « Oh ben, ils finiront bien pas se lasser ». Un vrai chevalier ne parlerait jamais comme ça. Il interviendrait, un vrai chevalier. Et tant pis pour les risques ! C'est ça aussi être un preux chevalier. C'est être quelqu'un qui y va, même s'il a peur, même s'il y a du danger…

            Valentin est bien d'accord avec lui-même. Mais la vraie question, c'est de savoir comment il doit agir. Dénoncer à la maîtresse les bourreaux de Hugo, ce serait passer définitivement pour le pire des traîtres et des dénonciateurs. Se bagarrer alors ? Pour finir en punition… Non merci.

            Ces questions vont le turlupiner tout le reste de la journée. Et pendant ce temps, Hugo en prend plein les dents. Et cette fois pour de vrai, car il a reçu son premier coup de poing dans la figure. Comme le jeu est très rigolo, les courageux agresseurs recommencent, jusqu'à ce qu'il tombe en pleurs. Là, c'est vraiment un moment extra de voir le lapin crétin se tordre de douleur et de peur, en se protégeant le visage des bras. En plus, quand on s'y met à quatre, avec plein de spectateurs rigolards tout autour, excités comme au cirque, le spectacle est vraiment parfait. Oui, vraiment, qu'est-ce que c'est amusant de torturer un élève qui ne peut pas se défendre ! Quoi que… Hugo redresse le buste, et malgré le chagrin qui lui coupe la respiration, il tente de se défendre.

            – Je vais tout dire à la maîtresse ! crie-t-il.

            – Ouais, c'est ça, réplique Jérémie en lui exhibant son poing sous le nez. Essaie et on te cassera tes dents de lapin.

            – Tu seras obligé de manger avec une paille ! renchérit un autre élève avec un air mauvais.

            Valentin est là. Il voit tout, il entend tout, mais il ne bouge pas. Il est comme paralysé de trouille. En fait, il se dit : si j'en parle à la maîtresse, c'est Hugo qui va déguster. Si je cogne, c'est moi qui serai puni. Si je ne fais rien

            C'est impossible, une situation pareille !

            Il ne le sait pas encore, mais la solution sera tout à l'heure à la sortie de l'école.

 

 

5

La solution tout en finesse

 

            – Papy !

            C'est lui qui ce soir vient chercher Valentin pour le ramener à la maison. Le garçon se précipite et l'embrasse avec encore plus de fougue que d'habitude.

            – Oho, je devine que tu as une super bonne nouvelle à m'annoncer ! croit deviner le brave homme à demi chauve.

            Valentin se fige. S'il est doublement heureux de le voir, c'est parce qu'il va peut-être pouvoir lui parler de son problème…

            – Euh… Ben en fait, non.

            …de celui de son ami Hugo plus exactement. Il échange alors un bref regard avec celui-ci qui justement s'apprête à grimper dans la voiture de sa maman. Le pauvre a encore les yeux luisant de chagrin.

            – Ah bon ? Tu me dis ?

            L'enfant hésite, puis soudain avoue, la voix brisée, comme si c'était lui-même qui vivait un enfer à l'école.

            – Papy, j'ai un grave problème, un truc que je ne sais pas comment un chevalier pourrait faire pour qu'il s'arrête.

            – Oho, tu m'inquiètes. Allons à la voiture, tu me raconteras en chemin.

            Le trajet jusqu'à la maison n'est pas long, mais Valentin parle si vite que tout est dit sur le calvaire quotidien d'Hugo en moins de trois minutes. Il finit par ce terrible constat d'impuissance :

            – Je sais plus quoi faire, papy. Un chevalier, il s'y prendrait comment pour sauver Hugo ?

            – Tu viens d'employer le mot juste, répond Papy tout en réfléchissant. Il faut sauver ton camarade. C'est exactement ça parce que tu sais, la méchanceté, ça peut faire tellement de mal et de dégâts qu'on doit absolument intervenir.

            – Oui, mais ils sont au moins quatre à lui faire du mal. Et moi, je suis tout seul à vouloir le défendre !

            – La solution, ce n'est de toute façon pas la violence.

            – Les dénoncer à la maîtresse ?

            – Surtout pas ! Il faut en parler à la maîtresse, c'est très différent… Et sans attendre !

            Au prochain rond-point, Papy fait demi-tour. Une fois garé près de l'école, il demande à Valentin de l'attendre dans la voiture.

            Durant un temps interminable, le pauvre chevalier Valentin se demande s'il n'a pas fait la bêtise du siècle. Son grand-père est le plus gentil et le plus compréhensif des grands-pères, mais avec la meilleure intention du monde il pourrait provoquer la colère de Mme Larchet contre la bande à Jérémy, et même contre toute la classe puisque, à part lui, chacun apporte sa petite part de cruauté à l'affaire. Il ferme les yeux, imaginant déjà le tableau quand il les retrouvera demain…

            Enfin, Papy est de retour. Il a l'air satisfait, ce qui n'apaise pas l'anxiété de son petit-fils.

            – C'est bon, annonce le brave homme, en reprenant le volant. J'ai pu parler avec Mme Larchet. Hugo devrait être tranquille à partir de demain.

            – Elle va punir ceux qui le tapent ?

            – Tu sais, mon petit, quand on a un problème aussi délicat à résoudre, il faut y aller tout à finesse. C'est ce qu'on s'est dit, avec ta maîtresse. Et puis, si la finesse ne marche pas…

            Sous-entendu, la manière forte prendra le relais.

            Valentin en est déjà malade par avance.

 

 

6

H comme Harcèlement

 

            Le lendemain matin, Valentin est si tendu que c'est à peine s'il ose dire bonjour à Hugo. Le malheureux pâlit, persuadé qu'il vient de perdre son dernier soutien. Une fois le rang formé, les « Lapin crétin ! » chuchotés dans le dos fusent. Mais Hugo résiste. Il a assez pleuré. Il va tenter de serrer les dents, aussi longtemps que possible. Avec un peu de chance, après les prochaines vacances, ses bourreaux finiront par se lasser et l'abandonner, tel un jouet qui a perdu tout intérêt.

            Une fois en classe, malgré son estomac qui se tord d'angoisse, il ne manque pas de remarquer que la maîtresse affiche un air sévère. Valentin se fait la même réflexion, ce qui accroît encore son anxiété. Une fois la date écrite au tableau, l'appel pour la cantine fait et les bonjours échangés, Mme Larchet attaque la journée en annonçant :

            – Ce matin, nous allons reprendre les exercices de calcul que nous n'avons pas eu le temps de terminer hier. Mais avant, j'aimerais qu'on fasse une petite leçon de vocabulaire.

            Voilà qui n'enchante guère certains de ses élèves. Tout le monde ouvre mollement son cahier de français. Valentin, lui, est plutôt soulagé, mais quand il découvre ce que la maîtresse écrit sur le tableau, il se remet à avoir des douleurs dans le ventre.

            – H comme… Harcèlement ! lit-elle d'une voix forte. Vous avez sûrement déjà entendu ce mot, car on en parle souvent à la télévision ou quand il se produit un drame à cause de cela. Qui pourrait me dire de quoi il s'agit ?

            Plusieurs mains se lèvent, sauf celles de ceux que le sujet concerne le plus directement, évidemment.

            – C'est quand un enfant se fait voler ses affaires, répond Justine, et qu'on les retrouve dans les toilettes des filles.

            À l'évidence, elle sait de quoi elle parle. Rémi, un garçon tout chétif mais plein d'énergie, n'est pas d'accord :

            – Mais non, c'est quand on tape un petit à lunettes !

            Lui aussi parle d'expérience, semble-t-il.

            – C'est presque ça, approuve la maîtresse.

            Puis elle explique ce phénomène, hélas très fréquent dans les écoles, en insistant bien sur le fait que c'est un acharnement quotidien, sournois, répétitif… et en principe sur un seul élève. Une fois que tout le monde a bien compris de quoi il s'agit, elle demande :

            – À votre avis, si on prend l'exemple d'une école comme la nôtre, plutôt tranquille, comment se fait-il que des enfants deviennent si méchants ? Jérémie, as-tu une idée ?

            Tous les regards convergent vers le cador de la classe. Depuis le début de cette leçon sur le harcèlement, il se trémousse sur sa chaise comme s'il était assis sur une punaise.

            – J'sais pas, maîtresse, marmonne-t-il.

            Évidemment ! peste Valentin intérieurement.

            – Il doit bien y avoir une raison, pour qu'un enfant subisse la cruauté de ses camarades de classe, insiste Mme Larchet. Est-ce que ce serait parce que cet élève aurait fait quelque chose de mal ? Qu'il serait méchant lui-même ?

            – Non, pas forcément, lance une fillette.

            – Moi, je sais ! s'exclame tout à coup Valentin. C'est juste pour rigoler.

            – Ah oui ? Tu crois qu'un être humain serait capable d'en faire souffrir un autre, simplement parce que ce serait très amusant ?

            Des protestations s'élèvent pour dénoncer ce comportement révoltant. Et plus encore, le dégoût s'exprime quand Mme Larchet donne un exemple de cette cruauté gratuite :

            – Imaginons une situation similaire. Qu'est-ce que vous penseriez d'un garçon qui attraperait un petit chien pour lui faire subir des choses très méchantes, le taper très fort par exemple ?

            – Houhou ! C'est horrible !

            – Le jeter à l'eau et le regarder se noyer, ou encore lui tirer les oreilles juste pour le plaisir de le voir souffrir.

            L'indignation est générale, les grimaces sur tous les visages.

            – Je suis comme vous, c'est vraiment insupportable. Personne dans cette classe n'oserait se montrer aussi cruel envers un petit être innocent. Enfin… je crois ? Qui serait capable de faire ça ?

            Chacun regarde l'autre, mais personne ne se désigne en levant le doigt.

            – Ouf ! Me voici rassurée. Et si au lieu que ce soit un chien, c'était un petit garçon ou une petite fille qu'on maltraiterait comme ça, juste pour rire ?

            – C'est encore pire ! lance Valentin.

            – Ah oui ? Et si ça arrivait quand même dans cette classe ? Si un élève voulait s'amuser à faire du mal à un autre élève, comment s'y prendrait-il à votre avis ? Jason, si tu étais ce bourreau et si tu devais te choisir un souffre-douleur, qu'est-ce que tu lui ferais ?

            Jason n'a bien sûr aucune suggestion à faire. À son petit air angélique, on pourrait même croire qu'il ne voit pas du tout de quoi parle la maîtresse. Celle-ci n'insiste pas, mais répète sa question en s'adressant à la classe entière :

            – Si vous étiez méchants, quel genre de supplice pourriez-vous lui faire subir, à ce souffre-douleur ?

            La classe reste sans voix. Soudain, Hugo se manifeste, avec une telle fougue qu'il se lève. Ce qu'il décrit alors a de quoi donner la nausée à tout le monde, puisque tout le monde sait de quoi il parle :

            – Moi, si j'étais un enfant méchant, d'abord je choisirais quelqu'un de plus petit que moi et je me moquerais de ses défauts…

            – Ah oui, lesquels ?

            Hugo n'ose pas donner en exemple ses dents trop en avant ou son défaut de prononciation.

            Les propositions fusent :

            – Un garçon avec des oreilles décollées !

            – Un rouquin !

            – Un qui bégaie !

            La maîtresse interrompt l'énumération avant l'emballement. Et Hugo de poursuivre, avec une étrange émotion qui lui rosit les joues :

            – Pour m'amuser, je me moquerais de lui pour faire rigoler mes copains. Je le taperais pour le faire pleurer. Et puis je lui volerais son goûter pour le mettre en colère…

            La maîtresse l'interrompt d'un geste. Puis elle laisse planer un long silence avant de reprendre :

            – Je vais vous raconter une histoire vraie. Vous savez, j'ai connu une situation de harcèlement. C'était quand j'étais élève au collège, en sixième. Et la victime, c'était moi !

            Ce n'est donc pas une histoire qu'elle raconte, mais SON histoire, ce qui surprend beaucoup la classe.

            – Ah bon, fait une fillette. Et qu'est-ce qu'on vous a fait, maîtresse ?

            – Eh bien, comme j'étais toute petite et rondelette, des filles m'avaient surnommée le petit tonneau. Elles étaient si contentes d'avoir trouvé ça, qu'elles ne m'appelaient plus autrement… Enfin si, parfois c'était le pot de chambre.

            Un élève pouffe, mais aussitôt se mord les lèvres.

            – Eh oui, fait la maîtresse en regardant le maladroit tout rouge de confusion. Ça les faisait beaucoup rigoler, ces filles. Et tous les jours, elles se moquaient de moi. Les plus méchantes me crachaient dessus…

            – Beuurk ! C'est horrible, lâche Rémi avec une grimace.

            – Si seulement elles en étaient restées là ! Je n'entre pas dans les détails, mais durant des mois, ma vie au collège a été un véritable enfer. Et je ne comprenais vraiment pas pourquoi. Je n'avais jamais été ni agressive, ni méchante, encore moins jalouse. J'étais juste toute petite et rondelette. Est-ce que vous croyez que je méritais de telles brimades ?

            Ces souvenirs lui sont si douloureux que les larmes lui viennent aux yeux, et tout le monde voit bien qu'elle doit serrer les dents pour ne pas éclater en sanglots. Dans la classe, le silence est terrible. Même les plus abrutis, tels Jérémie et Jason, ne peuvent s'empêcher d'être touchés. Puis brusquement, Mme Larchet interrompt son récit pour conclure :

            – Voilà ! C'est de cela dont je voulais que nous parlions ce matin. Si jamais vous connaissez une telle situation, soit parce que vous en êtes victime, soit parce que vous connaissez quelqu'un qui la subit, je suis sûre que vous ne resterez pas sans rien faire. Surtout pas après ce que nous venons d'évoquer… et puis aussi parce que je sais qu'aucun d'entre vous n'est aussi cruel ou méchant que ceux qui m'ont tant fait de mal quand j'étais moi-même enfant. Aucun ! Et c'est pourquoi je suis si fière de vous.

            Elle sourit avec gentillesse, puis enchaîne :

            – On se met au calcul ?

            C'est bien la première fois que tout le monde accueille avec ardeur la séance de calcul mental, Hugo encore plus que les autres, et Valentin avec un sourire jusqu'aux oreilles.

 

            Après ce matin-là, alors que pourtant il ne s'agissait que d'une simple leçon sur un mot commençant par un H, on n'a plus jamais entendu parler de méchancetés envers un élève de la classe. On n'a plus eu envie de se moquer de celui qui a des dents un peu trop en avant et un léger zozotement. Et plus jamais, on a entendu prononcer le surnom ridicule de Lapin crétin.

            Hugo s'est finalement très bien habitué à son école française, et il a même fini par s'y faire de vrais copains. Le premier d'entre eux, bien sûr, c'est Valentin.

            Valentin, le chevalier de Beau Soleil, qui en rayonne de joie…

           

 

FIN…

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Patatartignole, avec des illustrations de François Ruyer...

Voici un exemple d'histoire à rire et à partager avec des enfants de 5 à 8 ans.

Patatartignole lit des contes de fessées

 

 

 

 

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